Selon le dernier rapport de Procos, la fédération pour la promotion du commerce spécialisé, 2022 s’annonce comme une année en demi-teinte pour le commerce spécialisé. Avec un chiffre d’affaires en recul de 7% entre le 1er janvier et le 19 juin 2022 (vs la même période en 2019), les ventes en magasin souffrent d’un manque de fréquentation (-14,9%) depuis la pandémie. Dans le détail, le secteur de l’équipement de la maison tire son épingle du jeu et progresse de 6% en 2 ans, l’alimentaire spécialisé de +7%, quand les autres secteurs sont en net recul. Bien entendu, si l’on compare à 2021, les ventes du commerce spécialisé progressent logiquement (+34,7%), après les fermetures administratives de l’an dernier. Mais c’était sans compter sur les événements qui impactent le commerce depuis le début d’année. Procos s’est ainsi penché sur les premiers jours du mois de juin 2022 (du 1er au 19 juin), comparés à la même période l’an dernier, et les tendances s’inversent une nouvelle fois. Le chiffre d’affaires moyen du commerce spécialisé enregistre une baisse de 3,9%, avec de forts écarts selon les secteurs. La maison et le textile sont particulièrement impactés (respectivement -23,4% et -24,6%), quand l’alimentaire spécialisé, la beauté/santé et le secteur jouets, culture et cadeaux progressent.
Commerce spécialisé : Procos confirme un premier semestre 2022 en demi-teinte
Alors que les ventes en magasin du commerce spécialisé reculent de 7% au premier semestre 2022, par rapport à la même période en 2019, l’équipement de la maison progresse quant à lui de 6%. Des chiffres encourageants pour le secteur de la maison, même si le second semestre s’annonce compliqué pour l’ensemble du commerce spécialisé, comme le dévoile Procos dans son dernier rapport.
Dans le même temps, les ventes web du commerce spécialisé ont fortement augmenté depuis 2019, mais régressent depuis la réouverture des magasins (-26,3%). Un phénomène qui « ne suffit pas à compenser la baisse de l’activité des points de vente, dont le chiffre d’affaires par m² décroît » précise Procos.
Un modèle économique sous pression
Il faut dire que le contexte actuel n’est pas favorable aux achats et le conflit ukrainien a créé un climat d’attentisme de la part des consommateurs. L’inflation, tirée par l’énergie, tient également un rôle important dans cette baisse du chiffre d’affaires, avec une production industrielle inférieure à la demande, une pénurie de matières premières et des problèmes de transports qui fragilisent le commerce mondial. 44% des enseignes ont ainsi augmenté leurs prix en juin 2022, de 5,7% en moyenne. Et 46% vont les augmenter de 5% en moyenne entre juillet et septembre.
Des tensions existantes auxquelles sont venues s’ajouter une hausse des coûts d’exploitation, mais aussi une augmentation des loyers et des charges immobilières qui pèsent sur les magasins. Dans ce contexte, la compression des marges et de rentabilité des magasins met à mal les frais de personnel, comme l’explique André Tordjman, Vice-président de Procos : « L’important dans le commerce, c’est de garder des collaborateurs, motivés et engagés. Le modèle économique est sous pression. On constate d’un côté, une augmentation des coûts d’exploitation avec en particulier des loyers et des charges ; d’un autre côté, une baisse de chiffre d’affaires et de la fréquentation des centres commerciaux. La compression des frais de personnel, variable d’ajustement, ne permet plus d’assurer les conditions d’une rémunération satisfaisante des salariés, pourtant indispensable à la fidélisation des équipes magasins qui représentent l’âme vivante du commerce ».
De nouveaux enjeux pour les années à venir
Face à cette situation inédite, Procos en appelle au Gouvernement pour accompagner le commerce spécialisé dans sa nécessaire transformation. Une transformation qui devra s’articuler autour de l’innovation, l’emploi, l’investissement, la fiscalité et une accélération des transformations énergétiques, dans le but de réduire les consommations des bâtiments de commerce. « Nous souhaitons que s’engage le plus rapidement possible la suite des Assises du Commerce. La matière existe, les propositions sont sur la table, seule reste à mettre en œuvre la volonté politique. Il n’y a pas de temps à perdre pour transformer le secteur qui doit prendre toute sa place dans la société de demain », précise Emmanuel Le Roch, Délégué général de Procos.
D’autres aspects seront également à prendre en compte selon Procos, comme la limitation de l’indexation des loyers du commerce pour 2023 à 2%, un accès plus facile au crédit, l’allongement du remboursement des PGE pour toute entreprise du commerce, ou encore faciliter les mesures de retour à l’emploi.